Fermeture de l’usine PSA: « Alors que je travaille depuis l’âge de 16 ans, l’Etat me refuse la retraite »

juillet 29th, 2014 by suryasp | 1 126 views / vues


A 61 ans et des dizaines de milliers d’heures de travail pénible au compteur, A Nhit Tsan, ouvrier de l’usine automobile PSA Peugeot Citroën d’Aulnay-sous-Bois, souhaite partir en retraite. Après avoir fui le Laos et obtenu le statut de réfugié politique en France à l’âge de 23 ans, il se voit refusée la prise en compte de ses années de travail dans son pays d’origine.

Monsieur le Président de la République,

Je suis l’un des 3 000 ouvriers de l’usine PSA Peugeot Citroën d’Aulnay-sous-bois, qui a fermé ses portes au début de l’année. Je n’ai jamais fait parler de moi à ce jour et si j’ai décidé, à 61 ans, de vous écrire et de rendre ma lettre publique, c’est pour vous demander d’intervenir afin que je puisse prendre une retraite qui vient de m’être refusée.

J’avais 23 ans quand la France m’a accueilli, avec mes parents et six de mes frères et soeurs. Nous avions fui le Laos où les communistes venaient de prendre le pouvoir. J’ai pu recommencer, à Bourges puis à Paris, une nouvelle existence. Je me suis marié, j’ai élevé deux enfants, qui ont grandi et quitté la maison. Je travaille depuis l’âge de 16 ans, j’ai le corps et le coeur usé. Pourtant, je ne peux faire valoir mes droits à la retraite car je ne dispose pas de justificatifs pour les années passées à Vientiane, la capitale du Laos, où j’étais électricien et frigoriste.


Il m’est proposé, aujourd’hui, de retourner sur la chaîne de montage dans une autre usine du groupe PSA pour y travailler jusqu’en… 2019. Je ne peux imaginer, Monsieur le Président, que la France, après m’avoir ouvert les bras en m’accordant le statut de réfugié politique, me tourne le dos au moment où je demande une juste reconnaissance pour une vie de labeur.

Je suis né le 12 avril 1953 à Hai Ninh, au Vietnam, qui s’appelait encore l’Indochine. Mon père et ma mère étaient, eux aussi, nés au Vietnam, de parents immigrés de Chine. J’étais leur troisième enfant et je n’étais qu’un bébé quand ils ont tout abandonné pour échapper aux communistes. Ils ont refait leur vie au royaume du Laos, où mon père est devenu employé à l’économat de l’armée française à Vientiane. Il y a appris le Français, qu’il parle d’ailleurs mieux que moi. Ma mère, qui a eu neuf enfants, était femme au foyer. Elle n’est jamais allée à l’école.


En raison de leurs origines chinoises, mes parents ont tenu à inscrire leurs enfants à l’école privée, avec un enseignement en chinois. Mais le salaire de mon père ne suffisait pas à payer les frais pour tant d’enfants, et seul mon frère aîné a pu poursuivre ses études jusqu’à l’équivalent du baccalauréat. Il a ouvert un petit restaurant où, par la suite, mes frères plus jeunes l’ont secondé. Pour ma part, j’ai arrêté l’école à 16 ans et j’ai travaillé aussitôt pour Tin Tin, un réparateur de réfrigérateurs, d’armoires frigorifiques et de groupes électrogènes. J’ai été formé sur le tas par le propriétaire de l’entreprise. J’étais à la fois électricien et frigoriste.

SUITE…


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