Les entreprises françaises à l’assaut du Laos

janvier 16th, 2014 by suryasp | 2 365 views / vues


La France est le cinquième investisseur étranger et le premier investisseur occidental de ce petit pays communiste et enclavé.

FIGARO 15/01/2014



Dès l’aéroport de Vientiane, une publicité pour la banque industrielle et commerciale de Chine s’étale sur la passerelle qui conduit à un avion de Lao Airlines. Dans la capitale, les chantiers chinois explosent: China State Construction Engineering a commencé des travaux juste en face du Palais des congrès, le Jiangsu Jiangdu Construction Group érige la future résidence pour les chefs d’État étrangers à côté du palais présidentiel, et le gigantesque hôtel Don Chan Palace, froid et sans âme, planté au bord du Mékong, est également un cadeau de Pékin. Sur 1,8 milliard d’euros d’investissements étrangers en 2013, près de 1 milliard provient des Chinois.

Avec 463 millions de dollars investis entre 2002 et 2010 (340 millions d’euros), la France est le cinquième investisseur étranger et le premier investisseur occidental au Laos. Si la France est si bien placée au Laos, c’est grâce à la construction des barrages de Nam Theun 2 et de Houay Ho. Essilor produit aussi sur place son verre optique, alors que le groupe Bolloré est présent dans les transports et la logistique. Le pays compte 2000 ressortissants français travaillant pour une centaine de petites et moyennes entreprises. Des entreprises qui opèrent dans l’hôtellerie, les services, le tourisme, la restauration, l’assurance ou le conseil. Patron pour le Laos d’Apple Tree-Exotissimo, un groupe de distribution alimentaire et de tourisme basé au Vietnam, Alain Daout croit profondément à l’avenir du pays. «Le Laos va évoluer par une transformation de la société sans à-coup, comme la Chine», assure cet ancien militaire, qui préside le Comité d’organisation des «rendez-vous de Vientiane». Son groupe compte une dizaine d’entreprises, réalise un chiffre d’affaires de 100 millions de dollars et emploie 2500 personnes.


Le Parti populaire révolutionnaire laotien ne le dit pas ouvertement, mais il chérit ses hommes d’affaires. Le pays et ses 6,5 millions d’habitants a reçu, fin novembre, les félicitations du Fonds monétaire international (FMI) qui saluait les 10,9 % de croissance de son industrie au premier semestre 2013 et ses «perspectives économiques brillantes». Avant d’ajouter que son accession à l’OMC (Organisation mondiale du commerce), en février dernier, allait «grandement faciliter sa diversification».
Grande pauvreté

Le Laos peut certes s’enorgueillir d’une croissance de l’ordre de 8 % par an. Mais avec 27 % de sa population vivant avec moins de 1,25 dollar par jour, il reste l’un des pays les plus pauvres du monde. En 2009, l’aide internationale représentait encore 10 % de son produit intérieur brut (PIB).

Coincé entre la Birmanie, le Cambodge, la Chine, la Thaïlande et le Vietnam, le Laos n’a pas d’accès à la mer. Pour ses exportations comme pour ses importations, il dépend entièrement de ses voisins.

Riche en matières premières, cuivre, or, bauxite, fer et pétrole, il a développé sa filière hydroélectrique à un point tel qu’on l’appelle aujourd’hui la «batterie de l’Asean» (Association des nations de l’Asie du Sud-Est). Mais il peine à s’ouvrir au-delà des frontières de la région. Entre 2008 et 2012, ses échanges commerciaux ont triplé, à 5,4 milliards d’euros. Seulement ils ont été à 90 % réalisés avec ses partenaires asiatiques les plus proches.

La France qui espère doubler ses parts de marché au Laos affronte de solides concurrents. «Quelque 70 % des matières premières du Laos sont exportées en Thaïlande, au Vietnam et en Chine quand 85 % de ses importations viennent de ces mêmes pays. Cela crée un profond déséquilibre. En apparence, tout va bien, mais en réalité c’est une source de tensions», analyse Hubert Testard, responsable de la région Asean pour le ministère français de l’Économie et des Finances.


Le décollage économique du pays encourage les Laotiens à revenir chez eux. On estime que 10 % de la population du pays s’est exilée entre 1975, date du basculement du pays en État communiste, et 1987 où le régime commence à s’assouplir. Aujourd’hui, au total, la part des exilés dépasserait les 20 %. «Le problème, c’est que si l’on veut créer une petite entreprise, on nous demande un investissement de base démesuré, alors que la plupart d’entre nous n’avons pas beaucoup de moyens», déplore un avocat fiscaliste d’une petite quarantaine d’années, d’origine laotienne et installé en France, qui est venu tâter le terrain à Vientiane. SUITE…

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